Une nouvelle protection renforcée pour les professionnels de santé
Face à la recrudescence des violences dans le secteur de la santé, une nouvelle législation marque un tournant décisif dans la protection des professionnels. La loi du 9 juillet 2025 apporte des réponses concrètes à un phénomène qui touche désormais l’ensemble des acteurs de santé, qu’ils exercent en établissement ou en libéral.
“Un fléau qui s’étend au-delà des murs de l’hôpital”
Les insultes lors d’une consultation à domicile, les menaces au téléphone, les agressions physiques dans un cabinet médical, le vol de matériel paramédical… Ces situations, jadis exceptionnelles, sont devenues le quotidien de nombreux professionnels de santé. Le phénomène ne se limite plus aux services d’urgences hospitalières : il s’étend désormais à tous les lieux d’exercice, y compris au domicile des patients. Cette réalité génère un sentiment d’insécurité grandissant chez les soignants, avec des répercussions directes sur leur santé physique et psychique. Plus préoccupant encore, elle peut compromettre la qualité des soins et l’accès aux soins pour les patients.
Une protection élargie à tous les acteurs de la chaîne de soins
La nouvelle loi marque une évolution majeure en étendant la protection pénale renforcée à l’ensemble des professionnels intervenant dans les lieux de soins. Jusqu’alors réservée aux seuls professionnels de santé stricto sensu, cette protection concerne désormais toute personne exerçant dans les hôpitaux, cliniques, cabinets médicaux ou paramédicaux, centres de santé, EHPAD, pharmacies ou laboratoires.
Cette extension reconnaît que la violence ne fait pas de distinction entre les différents acteurs de la chaîne de soins. L’agent d’accueil d’un cabinet médical, le personnel administratif d’un centre de santé ou l’aide à domicile bénéficient désormais de la même protection que le médecin ou l’infirmier.
Particulièrement importante pour les professionnels libéraux, la loi couvre explicitement les violences commises au domicile des patients, reconnaissant ainsi les spécificités et les vulnérabilités de l’exercice libéral.
Des sanctions considérablement durcies
Le nouveau texte instaure un arsenal pénal dissuasif, avec des peines adaptées à la gravité des actes :
Les violences les plus graves peuvent désormais être punies de 20 ans de réclusion criminelle en cas de mort sans intention de la donner, de 10 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende pour une mutilation ou une infirmité permanente. Même les violences “légères” n’ayant entraîné aucune interruption de travail sont punies de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. La loi s’attaque également aux vols spécifiques au secteur médical : le vol de matériel médical ou paramédical, ou encore le vol de blocs d’ordonnances et de tampons professionnels, peut désormais être puni de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.
L’outrage enfin reconnu et sanctionné
Innovation majeure du texte, l’extension du délit d’outrage à tous les professionnels de santé et membres du personnel des établissements de soins. Les “paroles, gestes ou menaces” portant atteinte à la dignité ou au respect dû à la fonction sont désormais punies de 7 500 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général. Cette disposition répond à une réalité souvent minimisée : les violences verbales et psychologiques, qui précèdent souvent les violences physiques et causent des traumatismes durables chez les victimes.
Consciente que de nombreuses victimes renoncent à porter plainte par peur, méconnaissance des procédures ou sentiment d’isolement, la loi introduit des mécanismes facilitateurs. Les employeurs peuvent désormais, avec l’accord écrit de la victime, déposer plainte pour le compte de leur personnel. Pour les professionnels libéraux, un décret précisera les modalités selon lesquelles les ordres professionnels peuvent porter plainte pour le compte des praticiens qui en font la demande. Une mesure pratique importante permet également aux professionnels libéraux de déclarer leur adresse professionnelle comme domicile dans leur plainte, préservant ainsi leur vie privée.
Une prise de conscience collective nécessaire
Cette nouvelle législation constitue un signal fort de la société envers ses soignants. Elle reconnaît officiellement que les violences contre les professionnels de santé ne sont pas des “incidents de parcours” mais des actes graves qui compromettent l’exercice d’une mission d’intérêt général. Cependant, la loi ne pourra être efficace que si elle s’accompagne d’une prise de conscience collective. Il appartient à chaque professionnel de santé de se saisir de ces nouveaux outils, de ne plus accepter l’inacceptable et de systématiser le signalement des violences subies. La protection des soignants n’est pas seulement un enjeu corporatiste : c’est un impératif de santé publique. Car protéger ceux qui nous soignent, c’est protéger l’accès aux soins pour tous.

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